Léon Deffontaines : « La gauche que j’incarne, c’est la gauche anti-Bardella »
C’est l’un des nouveaux visages de cette campagne européenne. Léon Deffontaines, 28 ans, originaire d’Amiens (Somme), mène la liste communiste. Sa priorité ? Défendre le pouvoir d’achat des Français et « les intérêts des travailleurs ».

Pour Léon Deffontaines, « le pouvoir d’achat, c’est le sujet qui préoccupe le plus les Français. C’est la première chose dont on me parle quand je vais sur les marchés, quand les Français viennent me voir : les fins de mois difficiles, la peur de ne pas pouvoir remplir le chariot de courses, les factures d’électricité… »
Léon Deffontaines, 28 ans, est la tête de liste du Parti communiste aux européennes.Ancien porte-parole du PCF durant l’élection présidentielle de 2022, ce « bébé Roussel » a fait ses classes à Lutte ouvrière, puis au Mouvement des jeunes communistes, dont il a pris la présidence nationale en 2019, parvenant à multiplier par huit le nombre d’adhérents (de 500 à 4 000). Issu d’une famille de gauche. Il a grandi dans un quartier ouvrier. Qualifié de « bosseur, méthodique, énergique », cet ancien étudiant en droit, sciences politiques et sciences de l’éducation se donne pour objectif de faire beaucoup mieux que les 2,49 % obtenus par le PCF en 2019. Il souhaite être élu eurodéputé le 9 juin au soir.
Quelle est la proposition phare de votre programme ?
Il faut quitter le marché européen de l’électricité. Il a indexé le prix de l’électricité, produite à bas coût en France grâce au nucléaire, sur le prix du charbon allemand qui est trois fois plus cher. Cette sortie aura pour effet d’alléger les factures des ménages qui ont augmenté de 70 % depuis le début de la crise en Ukraine, et celles des entreprises, des exploitants agricoles, des artisans, des écoles, qui ont été multipliées par deux ou trois. Ce qui met nos PME en grande difficulté.
La réforme du marché européen, adoptée en avril par le Parlement, ne va-t-elle pas corriger ces excès ?
Non. C’est une vision à court terme qui ne protégera pas les Français d’une éventuelle nouvelle crise. Il faut revenir à un tarif fixe, assez proche du coût de production. Priorité au pouvoir d’achat et à la sauvegarde de nos industries.
Le pouvoir d’achat, c’est le sujet qui préoccupe le plus les Français ?
C’est la première chose dont on me parle quand je vais sur les marchés, quand les Français viennent me voir : les fins de mois difficiles, la peur de ne pas pouvoir remplir le chariot de courses, les factures d’électricité…
Pour autant, le pouvoir d’achat n’est pas une compétence européenne…
Ce qui est inhérent à l’Europe, c’est la concurrence qui fait baisser nos salaires et nos retraites. À cause de pays dont le salaire minimum est aux alentours de 400-450 € par mois, il y a en France un chantage aux délocalisations d’usines. Je l’ai vécu chez moi, à Amiens (Somme), avec Good Year. Mais l’Europe, ce sont aussi les mesures d’austérité qui étranglent nos services publics, et donc réduisent très concrètement la qualité de vie des Français.
Quel remède, selon vous ?
Le remède, c’est d’en finir avec l’Europe libérale. Il ne faut pas élargir l’Union à d’autres pays, afin d’éviter la hausse de la mise en concurrence des travailleurs et agriculteurs. Parallèlement, au sein de l’Europe, il faut augmenter les salaires. On pourrait imaginer une directive européenne imposant à chaque pays un salaire minimum à 60 % du salaire médian. Ce qui permettrait d’avoir un semblant d’harmonisation.
Il nous faut développer les énergies renouvelables, mais également soutenir le nucléaire— Léon Deffontaines.
Le climat fait-il aussi partie des préoccupations des Français que vous croisez ?
La quasi-totalité de la population est préoccupée. Si l’on veut répondre à l’impératif environnemental, il va nous falloir produire beaucoup plus sur le territoire national et européen. Il faut réindustrialiser le pays pour rapprocher la production de la consommation. Il faut aussi planifier des gros travaux utiles pour l’environnement : le fret ferroviaire, la réouverture des lignes de train du quotidien, la rénovation thermique des bâtiments…
Pour faire rouler les trains et les voitures électriques, il va falloir produire davantage d’électricité. Cela veut dire énergies renouvelables et nucléaire ?
Exactement. Il nous faut développer les énergies renouvelables, mais également soutenir le nucléaire, comme nous l’avons toujours fait. Je ne défends pas le nucléaire par fanatisme, mais c’est la seule source d’énergie permettant de produire suffisamment d’électricité, de jour comme de nuit, à bas coût et à bas carbone. Nous ne pourrons pas réindustrialiser le pays, produire des voitures électriques ou faire rouler les trains, sans nucléaire.
Vous êtes donc favorable à la fin de la vente des véhicules thermiques neufs en 2035 ?
Nous ne serons pas prêts à cette date. Déjà, les Français n’ont pas les moyens d’acheter une voiture électrique à 20 000 ou 30 000 €. Et notre filière industrielle française n’est pas encore prête, donc on va devoir importer de Chine des véhicules électriques, ce qui va être mauvais pour le climat… Fabien Roussel proposait de développer une petite voiture électrique Made in France à prix accessible. C’est une bonne idée. C’est en ce sens que je me suis rendu en février devant l’usine Renault de Flins (Yvelines) afin d’exiger la production en France de la Twingo électrique.
L’Europe doit-elle mieux protéger ses frontières économiques ?
C’est une évidence. Elle doit mettre en place du protectionnisme, n’ayons pas honte de le dire. Les États-Unis le font, le Canada aussi. Et nous, nous sommes les dindons de la farce en disant « venez comme vous êtes, notre marché vous est ouvert ». Conséquence : on est en train de tuer nos entreprises. Notre savoir-faire en panneaux photovoltaïques, développé du côté de Nantes (Loire-Atlantique), subit de plein fouet la concurrence de la Chine. Avec cette Europe, on n’a plus de capitaine à bord. On se fait dépouiller.

Les entreprises françaises doivent-elles avoir la primauté dans les marchés publics français ?
Évidemment. Il est aberrant aujourd’hui qu’une collectivité territoriale ne puisse pas mettre dans ses critères le fait de privilégier une entreprise française.
Êtes-vous favorable à une défense européenne ?
Je suis favorable à une défense française. Pendant longtemps, l’Europe s’est rendue dépendante des États-Unis et de l’Otan. Conséquence : nous avons perdu des compétences, des productions d’armements. Nous avons désinvesti dans notre armée. Il va donc falloir, désormais, produire à nouveau des obus, des fusils d’assaut… Tout cela nous permettra, à terme, de sortir de l’Otan. Il le faudra.
Les institutions européennes ne doivent pas se substituer aux parlements nationaux.— Léon Deffontaines.

Quelle serait votre Europe idéale ?
Une Europe qui agit pour le pouvoir d’achat des travailleurs et des retraités, tout en répondant à l’impératif environnemental. Une Europe qui soit capable de protéger nos services publics plutôt que de les fermer. Et d’offrir la meilleure qualité de formation à l’ensemble des jeunes, sans sélection à l’entrée des universités. Une Europe qui agit pour la sauvegarde de nos usines et de nos emplois. Une Europe qui devienne espace de coopération entre peuples souverains, où le peuple a son mot à dire. Le dernier référendum sur la construction européenne remonte à 2005… Si on veut que les jeunes s’emparent des enjeux européens, il faut leur donner l’opportunité de s’exprimer sur le sujet !
Faut-il donner plus de pouvoir au Parlement européen ?
Je pense que l’Europe devrait moins légiférer et émettre moins de règles. Les institutions européennes ne doivent pas se substituer aux parlements nationaux.
Quelle réforme de la politique agricole commune défendrez-vous ?
Je suis favorable à une réorientation de la Pac, afin qu’elle soit mieux redistribuée et orientée vers les actifs plutôt que sur la taille des exploitations. Je viens d’une famille d’agriculteurs : il faut soutenir davantage les petites fermes et celles qui ont beaucoup de salariés à payer. C’est ce que portera André Chassaigne, le président du groupe communiste à l’Assemblée, qui est en 5e position sur ma liste. Il a notamment porté la « Loi Chassaigne » qui a augmenté les retraites des agriculteurs. Les deux problèmes fondamentaux posés par les agriculteurs au début de l’année n’ont pas été réglés. Ils veulent vivre dignement de leur travail et ne plus avoir à subir la concurrence déloyale de produits importés. Et je suis pour la remise en place de certains quotas de production.
Des quotas ? Les agriculteurs ne gardent pas tous un bon souvenir de ce système !
Pour le lait, je suis d’accord ! Les quotas obligeaient les éleveurs à jeter une partie de leur production, ce qui est ahurissant. Mais pour la betterave sucrière, par exemple, que je connais bien par ma famille, la fin des quotas en 2017 a entraîné une explosion des cours du sucre. L’usine Metex, à Amiens, la dernière en Europe à produire de la lysine, un acide aminé indispensable à l’élevage et aux cosmétiques, est aujourd’hui menacée de fermeture à cause de cela. Nous sommes, par ailleurs, favorables à l’instauration de prix plancher et au contrôle de l’État sur les négociations entre l’agro-industrie, la grande distribution et les agriculteurs. Et nous préconisons la sortie de l’ensemble des accords de libre-échange. Une majorité de Français est disposée à payer plus cher les produits issus de notre agriculture française. Ce n’est possible qu’à la condition que leur pouvoir d’achat augmente. Il faut donc augmenter les salaires et les retraites.
J’ai 28 ans et je souhaite écrire une nouvelle page politique pour la gauche— Léon Deffontaines.
Quels sont les objectifs que vous vous êtes fixés dans cette élection ?
Le premier, c’est de faire connaître notre projet politique. Le second, c’est de créer un rassemblement, sous la bannière de la Gauche unie pour le monde du travail : un tiers de mes colistiers sont d’anciens socialistes, d’anciens insoumis, des militants de gauche. Un tiers sont des syndicalistes du privé et du public. Un tiers sont des membres du Parti communiste français. Moi, j’ai 28 ans et je souhaite écrire une nouvelle page politique pour la gauche : celle qui remet la question sociale au cœur de son projet, comme l’a fait Fabien Roussel à la présidentielle.
Après les européennes, notre mouvement aura vocation à s’élargir encore plus, avec toutes celles et ceux qui sont prêts à faire de la question sociale leur priorité. En attendant, je souhaite que les quatre principales listes de gauche en concurrence fassent plus de 5 % des voix. L’enjeu de cette élection européenne n’est pas de prendre des sièges à la gauche mais d’en ajouter. Si la liste que je mène dépasse ce seuil de 5 % le 9 juin, ce sera cinq élus en plus pour la gauche et cinq élus en moins pour la droite et l’extrême droite au Parlement européen.
Dépasser les 5 %, c’est possible ?
Bien sûr. Les Français commencent tout juste à s’intéresser à l’élection. Pour nous, elle entre dans une nouvelle phase, notamment grâce aux grands débats télévisés où j’ai pu défendre mes positions. La gauche que j’entends incarner, c’est la gauche anti-Bardella. Je ne vais pas le lâcher et montrer que son projet politique va à l’encontre des intérêts des travailleurs. Parallèlement, nous devons construire une alternative à gauche qui fait de la question sociale et du travail le cœur de son projet politique.
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